Cathédrale de Chartres

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La cathédrale du XIII° siècle…

Notre-Dame de Chartres, édifice gothique, fut construit immédiatement après l’incendie de 1194 qui ravagea la cathédrale romane du XI° siècle. Peut-être n’a-t-il fallu qu’une trentaine d’années pour construire le gros-œuvre d’un édifice qui s’impose ainsi par son unité et l’harmonie qu’il dégage intérieurement.

La façade, datant des années 1134-1160 et sans doute largement préservée lors de l’incendie, sert d’amorce aux nouveaux maîtres d’œuvre. Ceux-ci réutilisent l’incomparable flèche sud, le clocher nord - correspondant aux trois étages inférieurs de la flèche actuelle - ainsi que le portail royal et les fenêtres qui le surplombent. Une grande rose y est ajoutée pour compenser le différentiel de hauteur entre ancien et nouveau pignon.

C’est la crypte du XI° siècle, épargnée par l’incendie, qui ordonne le plan de la nouvelle cathédrale : sa longueur ainsi que sa largeur. Les points d'appui sont imposés par l’écartement des deux couloirs de la crypte, donnant à la nef une portée exceptionnelle de 16,40 m : la plus large parmi les cathédrales gothiques.

Toutefois, si l’ancienne cathédrale avait un déambulatoire et trois chapelles rayonnantes, la cathédrale gothique dispose d’un double déambulatoire et de sept chapelles. Le chœur est long de quatre travées, adapté à l’important chapitre - soixante douze chanoines - qui doit y siéger. Un transept fait également son apparition, conformément au plan utilisé au début du X° siècle : celui de Chartres est particulièrement développé, servant au passage de processions solennelles à l’occasion de plusieurs fêtes liturgiques.

Nous ne connaissons pas le nom des maîtres d’œuvre qui travaillèrent à l’édification de la cathédrale de Chartres mais tout laisse entendre qu’ils venaient du nord de l’Ile-de-France et de Picardie, régions où l’art gothique avait pris son plein essor au cours des décennies précédentes. Chartres s’inscrit ainsi dans la continuité de Noyon, Laon et Soissons, dont les chantiers sont encore inachevés en 1194 et laissent à disposition plusieurs solutions techniques prometteuses.

Plusieurs maîtres d’œuvre se sont probablement succédé : il faut renoncer à l’idée d’un "maître de Chartres" décidant seul du plan et de l’élévation, quelques changements de parti pris étant même constatés au fur et à mesure des travaux. Il s’agit d’une œuvre collective, témoignant de l’ambition et de l’inventivité d’une génération de chefs maçons, active sur plusieurs cathédrales.

On y innove prudemment mais d’une façon décisive. Les voûtes sur croisées d’ogives sont à plan ‘barlong’, chaque clé de voûte correspondant à quatre arcs diagonaux, à l’intérieur d’un module de forme rectangulaire. Les arcs transversaux et formerets - situés latéralement au-dessus des verrières hautes - complètent le schéma de répartition de forces, plus efficace, qui annonce une transition lente vers une conception différente de l’architecture : l’idée contemporaine d’ossature-voile.

Au point le plus élevé, au revers de la façade principale, les voûtes atteignent 37 mètres de hauteur, ce qui représente - pour quelques années - un nouveau record de hauteur.

La cathédrale de Chartres devient le premier édifice de grande dimension dont il fut décidé que tout le système de stabilité reposerait sur l’emploi d’arcs-boutants. Ceux-ci sont aussi robustes qu’élégants : les deux premiers niveaux sont liés par un élégant réseau de colonnettes, tandis qu’un troisième niveau est ajouté peu après.

Les arcs-boutants permettent d’autres évolutions. Ainsi les grandes tribunes, situées au dessus des bas-côtés, disparaissent totalement, remplacées par un triforium - galerie d’une taille plus réduite, qui est ménagée dans l’épaisseur des murs.

Les fenêtres hautes font disparaître la paroi, cédant la place au vitrail qui finit par l’emporter dans l’occupation de l’espace ainsi que l’impression transmise au fidèle, qui tend les yeux levés. La cathédrale se veut une évocation de la ‘Jérusalem céleste’ jusque dans les couleurs qui transcrivent les pierres précieuses de la cité sainte décrite dans l’apocalypse. Chaque baie est composée de deux lancettes et d’une rose, qui occupent tout le pan situé entre deux faisceaux de colonnes, reprenant là encore une solution récemment apparue en Picardie. Un fort éclairage parvient directement dans la nef, contribuant à l’effort permanent des bâtisseurs vers l’allègement des supports : la lumière du jour y est comprise comme l’expression du divin.

Les grandes arcades font la même hauteur que les baies hautes. Elles reposent sur des piliers cantonnés, où un rythme se dessine, qui rompt l’uniformité du vaisseau : au pilier polygonal accosté de colonnes circulaires, succède un pilier circulaire accosté de colonnes polygonales.

Dans une perspective à la fois ample et austère, s’équilibrent les lignes structurelles, qui sont nécessités de la construction. Tous les éléments architecturaux étant unanimement conçus pour conduire les forces vers le sol, le visiteur est irrésistiblement attiré vers le haut, le mouvement ascensionnel étant à peine interrompu par le feuillage des chapiteaux. Le décor, d’une extrême sobriété, révèle et souligne cette architecture qui repose sur l’élan des piliers - de façon dynamique.

Pourtant, il faut parcourir lentement la nef ou l’un des bas-côtés pour apprécier les lignes horizontales : les piliers sont solidement amarrés au dallage et le triforium marque un niveau supplémentaire si l’on considère le vaisseau dans sa totalité.

Il faut savoir passer du dehors au-dedans, faire glisser le regard du sol aux ogives pour découvrir combien la lumière écrit les formes et redessine des volumes. Chartres, pour témoigner des expérimentations structurelles de son époque - le début du XIII° siècle - n’en est pas moins un lieu unique : ample sans être écrasante, volontaire sans être orgueilleuse, rigoureuse sans être monotone, son architecture, intégrant harmonieusement les procédés innovants à quelque distance chronologique et géographique, représente assurément une sorte de point d’équilibre.

Les restaurations des parois intérieures nous livrent d’autres vérités. L’enduit ocre, avec son dessin de faux appareil, apporte au mur une teinte adoucie, où viennent jouer les lueurs des vitraux. La mystique médiévale se faisait fort d’y donner sens : les couleurs variées sont spécificités humaines, rendues visibles par la seule lumière du Dieu créateur. Les éléments porteurs - colonnes, arcs - apparaissent en blanc. Les forces développées par les architectes sont rendues visibles.

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Photo details

  • Uploaded on August 26, 2013
  • © All Rights Reserved
    by dunham
    • Camera: PENTAX K20D
    • Taken on 2013/08/16 15:23:54
    • Exposure: 0.004s (1/250)
    • Focal Length: 17.01mm
    • F/Stop: f/9.500
    • ISO Speed: ISO100
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